B&V, pourquoi nous continuerons

L’actualité de ces dernières semaines semble surréaliste. Liberté. Humanité. Fantasme. Contradiction.

Il y a un peu plus d’un an, le mouvement Bruxelloise & Voilée était lancé afin de lutter contre les stéréotypes et amalgames dans lesquels étaient enfermées les femmes portant le hijab. Ainsi, B&V c’est des portraits de femmes avec seulement deux dénominateurs communs mais que le reste distingue, chacune en fonction de son identité et de ses aspirations. Dans cette richesse de différences, toute forme de domination est dès lors à rejeter. Qu’elle soit bienveillante ou non d’ailleurs. En pratique, B&V réalise donc des capsules vidéos à raison d’une par mois, qui dressent le portrait de femmes parlant de leur ville, de la culture et de leurs passions. Voilée, certes, mais qu’importe ! C’est leur histoire, chacune différente l’une de l’autre, qui l’emporte et qu’elles relatent librement, passionnément. Et non, nous ne leur demandons pas de justifier leur choix, car justement il ne relève que de leur personne. Nous n’avons pas besoin de comprendre les choix d’autrui pour les respecter. C’est tout le challenge du vivre ensemble !

Nous, citoyennes à part entière, portant mille et un projets, apprenons depuis les bancs de l’école que “La liberté consiste à pouvoir faire ce qui ne nuit pas à autrui”*. Un principe auxquels nous adhérons totalement et défendons fermement pour l’équilibre de cette société que nous chérissons tant. Liberté.

Ayant dit cela, il est difficile de percevoir le bien fondé de cette polémique. Il y a désormais deux chemins envisageables. Soit le respect des principes fondamentaux des droits des femmes et des hommes soit leur négation. Et à ce moment-là, il faudrait assumer que la liberté comme valeur fondatrice de nos nations n’est plus. La liberté n’est pas une valeur octroyée qu’en fonction de certains critères à certains et pas d’autres, supprimant ainsi tout esprit critique aux individus et les privant de leurs propres choix ! Aujourd’hui, plus que jamais, un peu d’honnêteté s’impose entre nos beaux principes gravés dans la pierre depuis des siècles et protégés dans nos encyclopédies, et leur application sur le terrain.

Sans oublier que ces droits fondamentaux bafoués stigmatisent l’individu dans son humanité. Derrière ces vêtements, il y a des personnes. Ces violations déjà trop longtemps tolérées commencent à humilier des personnes dans l’espace public même, par des forces de l’ordre dont le rôle premier est de protéger les usagers de cet espace. Humanité.

Et maintenant où allons-nous ?

Dans le climat actuel, est-ce ainsi que les autorités publiques pensent apporter des solutions ? Au contraire, leurs actions ne font qu’augmenter les divisions, les exclusions et les discours de haine envers une frange de la société. Quant aux arguments prêchant une allégeance à un quelconque groupement politique, ils sont tout simplement inventés et imaginés de toute pièce afin de pouvoir justifier cette nouvelle forme d’oppression. Ce n’est pas nouveau dans le domaine politique, et il est triste de constater que de plus en plus de nos politiciens se prêtent à ce jeu dangereux, qui est d’inventer des accusations sans preuves, sans recherches, sans justifications valables, pour asseoir un pouvoir dominateur et inquisiteur. Fantasme.

Nous essayons de ne pas tomber dans la victimisation et aimons croire en l’empowerment des individus comme étant la capacitation à se lever et à décider de leur propre destin.
Mais aujourd’hui, la femme portant le hijab est persécutée et harcelée dans tous les domaines de sa vie: en tant que étudiante, travailleuse, mère et maintenant même en tant que vacancière ! 

Ceci est totalement inacceptable. Nous exigeons un arrêt immédiat de ces harcèlements et un retrait de ces directives sexistes, islamophobes et paternalistes.
Nous continuerons notre travail de terrain, espérant amener plus de dialogues et d’échanges entre les membres de notre société. Nous continuerons à suivre avec attention ces débats tellement contradictoires.
D’un côté un certain communautarisme est reproché, mais d’un autre côté, les autorités nous excluent des espaces publiques. Contradiction.

Qu’attend-on de nous au final ?

À croire que des variantes de notre mode de vie se heurtent à de l’intolérance pure, encore faut-il se focaliser uniquement sur ces différences. Pourtant, les femmes ont autant de points communs et de divergences entre elles, qu’importe comment elles disposent de leur corps. Nous avons foi en notre pays et sommes persuadées qu’il n’y a aucun souci à nager ensemble, faisant abstraction de notre tenue respective. Après tout, nous sommes dans le même bain ! 😉

* Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789

Crédit photo : Maryam Sweet Art